La dernière vague d’arrêts de production dans le secteur de l’habillement au Bangladesh reflète les revendications des travailleurs, qui estiment que les salaires n’ont pas suivi le coût de la vie, ainsi qu’un différend sur la prise en charge des hausses salariales.
Les usines s’arrêtent à nouveau
Le lundi 2 novembre, des usines qui avaient rouvert après de précédents arrêts de production ont de nouveau été perturbées, alors que des travailleurs affrontaient la police et bloquaient des routes. Reuters a rapporté que 679 usines avaient interrompu leur production. Selon des chiffres distincts d’associations de fabricants de vêtements, rapportés par The Business Standard, ce nombre s’élevait à au moins 690, employant plus de 1,7 million de personnes. Ces chiffres comptabilisent les usines touchées, pas nécessairement les travailleurs ayant participé aux manifestations.
Les travailleurs réclament un salaire minimum mensuel de 30 000 takas, contre le plancher actuel de 12 500 takas. Certains demandent aussi la réintégration des travailleurs licenciés et la fin de leur inscription sur une liste noire.
Pourquoi les travailleurs doutent d’une hausse imminente
La dernière hausse du salaire minimum remonte à décembre 2023, lorsqu’il est passé de 8 000 à 12 500 takas, après des manifestations. Ce montant était inférieur au minimum de 20 000 à 25 000 takas réclamé par certains groupes de travailleurs, et certains l’ont jugé insuffisant. Un amendement de 2026 a raccourci de cinq à trois ans l’intervalle entre les révisions salariales. Mais la commission n’a été officiellement constituée que le 1er novembre, après que les manifestations se sont étendues d’Uttara à d’autres zones industrielles.
Selon des chiffres cités par The Daily Star, l’inflation au Bangladesh s’élevait à 8,34 % sur un an en septembre. Des représentants des travailleurs ont déclaré au journal que certains salariés gagnant entre 19 000 et 20 000 takas enchaînaient des journées de 15 ou 16 heures, heures supplémentaires comprises, et peinaient malgré tout à payer le loyer, la nourriture, les médicaments et les frais de scolarité. Le montant actuel de 12 500 takas correspond à un salaire minimum brut, tandis que certains manifestants, lors de manifestations antérieures en octobre, ont présenté leur revendication de 30 000 takas comme un salaire de base : les chiffres ne sont donc pas directement comparables. Les travailleurs affirment que les horaires et les salaires ordinaires ne suffisent pas de manière fiable à couvrir les dépenses du ménage.
Qui peut financer des hausses de salaire
Le secteur de l’habillement emploie environ quatre millions de personnes, génère plus de 80 % des recettes d’exportation du Bangladesh et représente environ un dixième du PIB. Les propriétaires d’usines affirment que la hausse des coûts de production, l’incertitude liée à l’énergie et le recul de la demande sur certains marchés limitent la part des coûts que les usines peuvent absorber. Les représentants des travailleurs estiment que les acheteurs internationaux devraient payer davantage afin que les fournisseurs puissent augmenter les salaires.
Les travailleurs qui dépendent d’heures supplémentaires excessives risquent de continuer à rencontrer les mêmes difficultés. Une forte hausse des coûts que les usines ne pourraient pas répercuter risquerait de fragiliser les entreprises et de menacer les commandes. Reuters a rapporté des inquiétudes quant aux retards d’expédition que pourraient entraîner les arrêts de production, ainsi qu’à leurs effets sur la confiance des acheteurs, alors que les usines produisent les commandes pour le printemps et l’été.
Ce que la commission salariale doit faire
La commission salariale de six membres créée par le gouvernement comprend des représentants des employeurs et des travailleurs, un membre indépendant et un président. Elle doit recommander une révision des salaires en tenant compte des dépenses des travailleurs et des capacités du secteur ; le gouvernement décidera de la suite à donner. Sa création ne signifie pas que la revendication de 30 000 takas a été acceptée. The Daily Star a rapporté que ni la date de la première réunion ni le calendrier d’une annonce n’étaient connus.
Les employeurs ont exhorté les travailleurs à laisser la commission mener son examen à bien. Le président de l’association du secteur a averti que la poursuite des manifestations pourrait entraîner l’adoption d’une politique « pas de travail, pas de salaire ». La prochaine épreuve consistera à déterminer si la commission peut instaurer une confiance suffisante pour maintenir les usines en activité pendant la poursuite des négociations.