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Pourquoi le budget du Sénégal est-il si important ?

Décryptage🇸🇳ÉconomiePolitique

L’actualité derrière cet article : L’Assemblée nationale du Sénégal rejette le budget révisé de 2026

Le rejet du budget révisé pour 2026 du Sénégal a mis sous pression un prêt prévu de 2,2 milliards de dollars du FMI, sa stratégie d’endettement et l’unité du gouvernement.

Comment la dette cachée a changé la donne

Après le changement de gouvernement de 2024, un audit a révélé que les emprunts publics antérieurs avaient été largement sous-estimés. Pour la période 2019–2023, le déficit budgétaire moyen était supérieur de 5,6 points de pourcentage du PIB aux chiffres annoncés. La dette de l’administration centrale à la fin de 2023 a été révisée, passant de 74,4 % à 99,7 % du PIB. Le FMI a ensuite estimé la dette publique totale à 132 % du PIB à la fin de 2024.

Ces révélations ont mis fin à un précédent accord de financement de 1,8 milliard de dollars avec le FMI. Le 1er septembre, les services du FMI et le Sénégal sont parvenus à un accord préliminaire sur un programme de prêt de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois pour la période 2026–2029.

Ce que prévoit le projet de budget

Le prêt n’est pas encore approuvé ni disponible. Le FMI indique qu’il doit être approuvé par sa direction et son conseil d’administration, que des mesures correctives décisives doivent être prises concernant l’affaire des déclarations erronées et que le Sénégal doit obtenir des garanties de financement de ses partenaires. Le Sénégal a également engagé un processus de traitement de la dette dans le cadre du « Cadre commun » du G20. Les fonds du FMI pourraient contribuer à attirer des financements de banques de développement et d’autres prêteurs.

Le FMI n’a pas fait de l’adoption de ce budget précis une condition distincte. Mais le projet de loi rejeté expose la manière dont le gouvernement prévoit de gérer les dépenses et le déficit, si bien que l’impasse soulève des questions sur son plan d’ensemble. Le gouvernement affirme que les recettes ont été inférieures aux prévisions, tandis que les coûts, notamment ceux des subventions à l’énergie et de la sécurité, ont augmenté. Son projet réduirait les dépenses d’investissement de 555 milliards de francs CFA (environ 945 millions de dollars), porterait le déficit prévu de 5,4 % à 7,6 % du PIB et abaisserait la prévision de croissance d’environ 5 % à 2,7 %.

Pourquoi les parlementaires s’y sont opposés

Le Premier ministre a déclaré que certains projets pourraient être reportés. Les parlementaires craignent que les coupes ne touchent la santé, l’éducation, l’eau et les infrastructures. Les députés de PASTEF ont également évoqué des mesures insuffisantes face au coût de la vie, un manque de transparence budgétaire et le refus de fournir des documents ou d’expliquer l’existence de fonds spéciaux. Ils ont estimé que le gouvernement devait réaliser des économies ailleurs avant de faire peser une charge sur les ménages ou de mettre en suspens les investissements publics. Ce sont les raisons avancées par le parti, mais elles n’expliquent pas le vote de chaque parlementaire.

Une bataille budgétaire aux conséquences politiques

Le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko sont arrivés ensemble au pouvoir en 2024. Faye a démis Sonko de ses fonctions de Premier ministre en mai 2026, après plusieurs mois de désaccords, notamment sur la manière de gérer la dette. Sonko dirige toujours PASTEF, qui contrôle le Parlement, et préside désormais l’Assemblée nationale. Il avait auparavant décrit une restructuration de la dette comme une menace pour la souveraineté sénégalaise, avant d’assouplir sa position.

Les désaccords sur les subventions à l’énergie influent sur les dépenses des ménages, tandis que le report de projets a des conséquences pour les collectivités et les services publics. Le Sénégal peut encore emprunter sur les marchés régionaux, mais ces financements coûtent plus cher que les prêts d’institutions comme le FMI. Les rendements des obligations à cinq ans sont passés à 8,24 % lors d’une adjudication en octobre, contre 7,82 % deux semaines plus tôt. Le rejet ne signifie pas à lui seul un défaut de paiement et n’annule pas officiellement l’accord avec le FMI, mais les retards peuvent compliquer les emprunts et les négociations sur la dette.

Que pourrait-il se passer ensuite

La prochaine étape consistera à voir si l’exécutif et les parlementaires peuvent s’entendre sur une trajectoire budgétaire crédible. Le Premier ministre avait exhorté les parlementaires à proposer des amendements avant le vote. Un compromis ou une nouvelle proposition reste possible, mais aucun nouveau calendrier n’a été confirmé. Une décision du conseil d’administration du FMI dès décembre était présentée comme un espoir, et non comme une date arrêtée. Elle est désormais menacée, tandis que les conditions énoncées par le Fonds et la nécessité d’obtenir des garanties de ses partenaires demeurent.