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Le Brésil peut-il coordonner sa lutte contre les gangs ?

Décryptage🇧🇷Politique

L’actualité derrière cet article : Le Sénat brésilien adopte à l’unanimité un amendement contre les gangs criminels

Le Sénat brésilien a approuvé un amendement constitutionnel visant à coordonner la sécurité dans tout le pays, mais son effet sur la sécurité dans les rues dépendra des décisions que prendront ensuite les gouvernements.

Ce que change l’amendement

La PEC 18/2025 a été adoptée par le Sénat le 3 novembre, avec 73 voix pour et aucune contre au premier tour, puis 75 voix pour et aucune contre au second ; ces chiffres concernent les sénateurs présents, et non l’ensemble de la chambre. Le texte est maintenant transmis au Congrès pour promulgation. L’amendement inscrit dans la Constitution le Système unique de sécurité publique du Brésil, ou Susp, et renforce le rôle de coordination du gouvernement fédéral. Il ouvre également la voie au ministère de la Sécurité publique promis par Lula, même si son personnel, son budget et sa direction restent à définir.

La mesure prévoit des opérations conjointes et le partage d’informations entre les organismes fédéraux, étatiques et municipaux. Elle élargit le rôle de la Police fédérale dans la lutte contre le crime organisé ayant une portée interétatique ou internationale, et autorise la Police routière fédérale à intervenir sur les réseaux ferroviaire et fluvial fédéraux. Certains chefs de gangs et de milices pourraient être placés dans des établissements de sécurité maximale et faire l’objet de restrictions concernant la progression de peine et d’autres avantages. Les autorités pourraient saisir les biens liés à des activités criminelles. Il s’agit de moyens juridiques, et non d’une garantie de leur efficacité.

Pourquoi la coordination est difficile

Les gouvernements des États gèrent une grande partie des services de police et du système pénitentiaire, tandis que les gangs peuvent opérer au-delà des frontières des États et à l’intérieur des prisons. Lors de l’examen du Sénat, le rapporteur du texte a déclaré que les factions criminelles s’étaient développées en partie parce que les politiques menées État par État ne prévoyaient pas de mécanismes efficaces de coopération. Dans sa campagne présidentielle de 2002, Lula avait proposé un organisme national de coordination, mais celui-ci n’a jamais vu le jour. La nouvelle approche prévoit également que des fonds fédéraux soient versés aux États et aux municipalités.

Des gouverneurs, dont Tarcísio de Freitas, de São Paulo, et Ronaldo Caiado, de Goiás, ont averti que le projet initial risquait d’affaiblir l’autonomie des États. Après que des désaccords avec les gouverneurs et des parlementaires de l’opposition eurent bloqué le texte à la chambre basse, les négociations ont abouti à un compromis. Brasília définirait les orientations nationales et coordonnerait l’action, tandis que les États et les municipalités conserveraient des responsabilités opérationnelles importantes.

Le vote n’a pas tranché tous les débats

Le vote unanime ne signifie pas que tous s’accordent sur les politiques de sécurité. La criminalité a été un enjeu majeur de la campagne de réélection de Lula, et le soutien à des mesures plus sévères a eu un poids politique dans l’ensemble des partis. Un désaccord sur l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale de 18 à 16 ans, voire dans certains cas à 14 ans, avait retardé le vote. Les sénateurs ont dissocié ces propositions de l’amendement, dont le texte maintient l’âge actuel. Le débat devrait se poursuivre séparément.

La mise en œuvre constitue le prochain test

Après la promulgation officielle, Lula devra décider comment et quand créer le ministère. La date, le choix du ministre ainsi que le transfert de personnel et de fonds depuis le ministère de la Justice restent à définir. Le véritable défi consistera à faire fonctionner les systèmes de données, à assurer le financement et à mener des opérations conjointes entre des gouvernements qui conservent leurs propres responsabilités.

Pour les habitants touchés par les gangs et les milices, le succès dépendra de la capacité des enquêtes coordonnées et des mesures visant les finances criminelles à réduire la capacité de ces groupes à opérer et à contrôler des territoires.